Abd Al Malik

Chateau Rouge

Abd Al Malik

album:

Château Rouge (2010)

Chateau Rouge testo

Ca faisait presque une demie heure qu’il était seul maintenant
Ses potes étaient rentrés chez eux et lui était resté assis sur ce banc
Il fumait sa dernière cigarette et le soleil s’était couché depuis longtemps
Il saluait au loin un mec qu’il ne connaissait pas vraiment et ce demanda où est-ce que ce type pouvait bien aller si tard
Lui-même s’était levé tôt
…Vers 14h
Et au PMU avait joué au billard avec des gars qui étaient plus jeunes que lui de plusieurs années
Comme il fut une gloire il n’y a pas si longtemps nombreux tiraient encore une certaine fierté
D’être vus à ses côtés
Ce qu’il avait bu et fumé entre 15h et 18h aurait mis KO n’importe qui
Mais lui était toujours frais et
Pimpant
Question d’habitude et peut-être de génération
C’est c’qu’il s’est dit en tout cas quand deux gamins de sa bande improvisée vomirent presque simultanément juste en dessous de la télé que personne ne regardait
Il quitta le PMU
Seul
Et s’abrita bientôt sous un abribus
Parce que parce qu’il se mit à pleuvoir pendant qu’il marchait
En plus
Septième étage de la tour en forme de demi-lune appartement de gauche en face du vieux vide-ordures un vieux couple d’origine malgache regarde les infos sur le câble côte à côte enfoncés dans un épais canapé beige
Leur fils cadet maintenant en prison leur avait offert ce téléviseur volé ce qui les rendait à leur insu coupables de recel
Le voisin célibataire et efféminé de l’étage du dessous donnait régulièrement des coups sur le mur de son salon attenant à l’appartement d’à côté
Parce qu’une furieuse rumba rock congolaise depuis plusieurs minutes
Rugissait
Il -notre personnage principal- était revenu dans cette fête africaine dans sa chambre d’enfant
Ses parents n’avaient pas demandé d’explications
Il allait rester temporairement
Il était allongé sur son lit étroit et regardait le plafond
Ses vêtements étaient encore un peu mouillés et lui cuvait difficilement
Il savait comment faire depuis longtemps pour ne penser à rien
Il se disait avec d’autres mots que philosopher donc avoir une réflexion morale dans ce monde c’la faisait plus de mal que de bien alors il s’abstenait quant au cogito mais se pétait le crâne à l’artificiel
En utilisant toujours la même recette
Oeufs shit whisky et, ou Heineken
Il se leva du lit
Se jeta au sol et fit quelques pompes
Il s’essouffla vite mais avait donc la preuve de ne pas être dans une tombe
Il imputa cette croyance à l’oxygène qu’il respirait difficilement
Vu que ce réflexe était l’apanage des vivants
Il se réinstalla dans son lit et s’endormit sans remords et sans transition
Comme d’habitude il se réveilla quelques heures après
Amer
Se rendant toujours compte en regardant autour que sa déchéance était réelle
Il n’était définitivement plus une star du rap
Plus une star tout court
Si l’on voulait être exact
Mais il était vivant
Et même s’il se tuait sciemment c’était devenu une obsession
Ses souvenirs de gloire étaient momentanés
Comme d’habitude lorsqu’il savait qu’il lui restait de quoi fumer
Il écouta autour de lui la nuit était profonde
Il roula un joint et dès la première bouffée eu le même sourire que la Joconde
Joint à la bouche il enfila son blouson, ses vieilles Nike Air Jordan, ferma la porte de l’appartement et
Dévala d’abord les escaliers
Puis la rue
Comme
Comme comme s’il était en cavale

Il avait couru jusque de l’autre côté du périphérique et s’arrêta brusquement plié en deux par l’anxiogène qui lui brûlait la poitrine
Il était à présent entre les numéros 42 et 54 de la rue de Clignancourt
A égale distance de la peur du lendemain et des cicatrices que laisse l’amour
Il ne savait pas qu’ici se dressa un jour un grand édifice de briques rouges
Au centre d’un grand et beau parc qui n’existe plus à la luxuriante verdure trônait il y a une paire de siècles et des poussières cette bâtisse couleur pourpre
Comme un symbole pensé par l’homme de tout c’qui à la fois s’oppose et s’épouse
Lui n’en avait rien à battre
Vivait le temps et l’espace comme une injure
Jusque très récemment il s’était vécu un peu comme en Amérique
Mais à l’époque où Malcolm Little était encore bien loin d’être Malcolm X
Il jouait en nationale et s’était convaincu qu’il évoluait en première ligue parce que dire la vérité était à celui qui savait le mieux se mentir et puis
Les gens ne t’aiment pas c’est l’image qu’ils te renvoient tu finis par ne plus t’aimer toi-même et tu détestes même tout ceux qui ont un peu d’amour pour eux-mêmes
Donner existence aux fantasmes les plus dingues faire porter à ses colères adolescentes de drôles de fringues
Crier au complot parce qu’on n’achète plus nos complaintes c’est l’incohérence qu’a finalement porté plainte et puis
Et puis des fois c’est de toutes petites choses qu’ont vraiment de l’importance
Y’a juste à se souvenir de la simplicité de notre enfance
Se voir dans une glace dans le HLM de ses parents et se rendre compte qu’on est vieux
Quand un type qu’a pourtant une barbe nous appelle Monsieur
Se noyer dans l’envie et crier c’est injuste comme au secours
Regarder aux alentours et s’demander qui pourrait sauver l’amour
Faire de la musique pour préserver ses rêves mais que faire quand tous nos rêves ont finit par se taire
Se souvenir de ses vies antérieures en s’imaginant notre futur
Confondre la normalité avec la pire des injures
Se
Se rendre compte qu’on apprend toujours trop peu de l’histoire
Le coeur affamé vidé d’un trop plein de désespoir
Puis les gens ne t’aiment pas tu finis par ne plus t’aimer toi-même
Et tu détestes même ceux qu’ont un peu d’amour pour eux-mêmes
Soudain il reprit sa course sans pourquoi sans direction courir plus vite que la vie
Quitte à en perdre la raison

Ca faisait presque une demie-heure qu’il était seul maintenant
Ses potes étaient rentrés chez eux et lui était resté assis sur ce banc
Il fumait sa dernière cigarette et le soleil s’était couché depuis longtemps
Il saluait au loin un mec qu’il ne connaissait pas vraiment
Et se demanda où est-ce que ce type pouvait bien aller si tard
Lui-même s’était levé tôt
Vers 14h
Et au PMU avait joué au billard avec des gars qu’étaient plus jeunes que lui de plusieurs années
Comme il fut une gloire il n’y a pas si longtemps nombreux tiraient une certaine fierté d’être vus à ses côtés
Ce qu’il avait bu et fumé entre 15h et 18h aurait mit KO n’importe qui mais lui était toujours frais
Et pimpant
Question d’habitude et peut-être de génération
C’est c’qu’il s’est dit en tout cas quand deux gamins de sa bande improvisée vomirent presque simultanément
Juste en dessous de la télé que personne ne regardait
Il quitta le PMU seul
Et s’abrita bientôt sous un abribus
Parce qu’il se mit à pleuvoir pendant qu’il marchait
En plus
Vous savez je m’attends chaque jour à partir
Mais je ne m’attendais pas ce soir là à mourir
Contrairement à c’qu’on l’on dit ce ne sont pas des images mais des mots qui ont défilé dans ma tête au moment de ma mort
Je partais mais je n’étais pas triste d’ailleurs je ne comprenais déjà plus ce mot
Personne
Oui personne n’allait me manquer
Il y a une évidence dans la mort comme lorsqu’on vient au monde je suppose
C’est juste qu’à présent c’était bel et bien fini
Il n’y avait rien de poignant là dedans et puis ma famille
Oui ma famille et puis tous ceux que j’appelais “amis”
Et puis ceux que j’avais croisé et que je ne connaissais pas
Et puis les gens autour de moi
Ah oui
Il n’y a plus personne
C’n’est même pas douloureux je ne les vois déjà plus
Je ne vois déjà plus
Je tourne la page
Mon coeur est un château une citadelle imprenable
Je tourne la page
Mon coeur est un château une citadelle
Une citadelle
Une citadelle imprenable

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